~Petites nouvelles de la recherche du

2eme trimestre 2021~

Il y a 800 ans, la création de Dusenbach en 1221

2021 est une année importante pour le sanctuaire de Notre Dame du Dusenbach, puisqu’elle marque le 800e anniversaire de sa fondation.

Cette date fait polémique, car plusieurs historiens locaux font état d’une fondation de ce sanctuaire en 1204, millésime mentionné par l’historien strasbourgeois Grandidier et repris, au cours des siècles, sans en vérifier l’exactitude.

Une récente découverte de documents relatifs à la construction de ce pèlerinage dans les archives du couvent de la Divine Providence de Ribeauvillé,  rédigés par l’Abbé Worm, supérieur du Couvent, au milieu du XIXe siècle, nous fait penser que le début de la construction remonterait bien à 1221. Il se base sur les recherches qu’il a menées aux archives de l’évêché de Bâle, du Vatican et des chroniques de l’Abbé de Spanheim qui participe à la 5e croisade.

Les annales de Dusenbach rapportent qu’Egelolphe II de Ribeaupierre, de retour de croisade, ramène une icône de la Vierge dont il fait don à l’ermite installé dans le vallon du Dusenbach et fait ériger une première chapelle à proximité de l’ermitage pour y héberger la précieuse relique.

La discussion historique porte sur la date de la croisade d’Eguenolphe de Ribeaupierre.

Les tenants de la date de 1204, affirment qu’Egelolphe II a participé à la 4e croisade (qui se termine en 1204), mais d’autres recherches plus récentes, font plutôt penser qu’il a participé à la 5e croisade, ce qui légitimerait la date de 1221. Toute la question est de savoir si Egelolphe II a participé à la 4e ou à la 5e croisade. Reprenons l’histoire de ces deux croisades, replacées dans le contexte politique de ce début du XIIIe siècle.

 La 4e croisade (1202-1204) est prêchée dès 1200 par Foulque de Neuilly. De puissants seigneurs font le vœu de partir en Terre Sainte, dans l’espoir d’expier quelques erreurs de jeunesse et des torts envers l’Eglise.

Mais, dans l’Empire germanique la Querelle des Investitures a laissé des traces dans les esprits de maints nobles, partisans des Hohenstaufen. En prêchant cette croisade, le pape Innocent III pense reprendre la main sur les chrétiens encore ralliés aux thèses de l’empereur. Les évêques de Bâle et de Strasbourg n’ont, semble-t-il, pas répondu à cet appel. De ce fait, les Ribeaupierre, vassaux des évêques de Bâle, n’ont aucune obligation de s’engager dans cette grande aventure. J. B. Worm évoque bien une velléité des Ribeaupierre de participer à cette croisade, mais avance deux arguments qui vont dans le sens contraire :

  • la fidélité au serment fait au suzerain, l’évêque de Bâle, qui n’est pas en très bon terme avec le pape ;
  • l’absence de fonds.

 D’ailleurs, dès le départ, cette 4e croisade manque de fonds. Godefroi de Bouillon renonçant d’aller à Jérusalem par voie terrestre, négocie avec le doge de Venise le transport de cette armée par voie maritime (Venise, à cette époque, a le monopole du commerce et de la navigation en mer Méditerranée). Mais le transport a un prix ! Worm relève les exigences vénitiennes : ce peuple mercantile qui ne connaissait que l’argent exigeait pour le transport 85 000 marcs d’argent.

Les croisés arrivent à réunir seulement une partie de la somme et promettent de payer le solde à leur arrivée. En contrepartie les Vénitiens exigent que les croisés s’engagent, en cours de route, dans des opérations militaires sur les côtes dalmates au seul profit des marchands (reprendre la ville de Zadar).

En juillet 1203, ils font le siège de Byzance, avant de mettre à sac cette ville. Les nombreuses reliques réunies par les Byzantins sont systématiquement volées par les croisés et les Vénitiens. Les croisés s’arrêtent là et ne sont donc pas allés à Jérusalem.

L’historien Grandidier rapporte que selon la tradition, Egelolphe II aurait participé à cette croisade et qu’à son retour, en 1204, il aurait fait édifier une première chapelle au lieu-dit Dusenbach. Mais c’est là plutôt un fait légendaire, sans aucune réalité historique.

La 5e croisade (1217-1221). Quelques années plus tard, le pape Innocent III cherche toujours à imposer son autorité à tous les souverains européens. A la mort de l’empereur Henri VI de Hohenstaufen, les princes allemands se divisent sur le nom de son successeur. Le pape profite de cette division interne dans l’Empire pour faire élire, en 1209, un empereur « pro-papiste », Otton de Brunswick, et affirmer les droits supérieurs de la papauté. 

Le pape rêvait de créer une théocratie mondiale. Le Concile de Latran, en novembre 1215, prêche une nouvelle croisade pour essayer de reprendre Jérusalem aux infidèles, après l’échec de la 4ème croisade. Il est décidé que l’Indulgence Plénière (pardon de tous les péchés commis) sera accordée aux combattants qui y participeront. C’est là un appel du pied au monde germanique qui était, jusqu’à présent, plutôt circonspect par rapport au souverain pontife.

Le contexte politique a beaucoup changé en dix ans. Innocent III va excommunier Othon IV de Brunswick qui s’est opposé à son protecteur. Le pape lui préfère son rival, Frédéric II de Hohenstaufen, petit-fils de Frédéric Barberousse, qui sera élu empereur en 1218. Dans ce nouveau contexte, le successeur d’Innocent III, Honorius II,  réussit à convaincre les ducs, seigneurs et ecclésiastiques du sud de l’Empire Germanique (Alsace, Bade, Suisse, Souabe, Autriche, Bavière) et du royaume de Hongrie, de participer à une nouvelle croisade.  

L’un des premiers à se rallier fut l’évêque de Bâle qui, avec celui de Strasbourg, est devenu un fervent partisan du pape (alors que quelques décennies plus tôt ils étaient excommuniés à cause de leur soutien à l’empereur contre la papauté).   Sous sa bannière doivent se ranger tous ses feudataires selon les règles de la féodalité qui exigent que les vassaux doivent répondre à l’appel de leur suzerain. Le contraire eût été un acte de félonie, entraînant le retrait immédiat du bénéfice.

Dans ce contexte, Egelolphe II, le chef de la branche des Ribeaupierre, se doit de jurer de partir  avec ses leudes[1] en Terre Sainte. La participation à une croisade avait un indéniable avantage : la trêve de Dieu perpétuelle prévoyait que quiconque eût osé attaquer les états d’un absent, combattant pour la cause du Christ, encourait la peine d’excommunication. C’était là une arme qui protège mieux que le glaive, en des temps où la foi avait conservé sa vivacité entière.

Egelolphe met plusieurs mois à rassembler les fonds nécessaires à sa participation à la croisade et, lorsqu’il part, il était âgé d’une quarantaine d’années (selon J. B. Worm).

Les seigneurs et les ecclésiastiques de la vallée du Rhin se mettent en route en mars 1217. Chaque seigneur doit emmener et subvenir aux besoins d’une, ou plusieurs, lance[2].

 

[1] Membres de la haute aristocratie durant le haut Moyen Âge. Ils étaient liés au roi par un serment (le leudesanium) et des dons.

[2] Formation composée généralement : du seigneur, d’un écuyer, d’un sergent, de 2 à 4 hommes d'armes, de deux archers, et d'un coutilier (égorgeur !).

 

Mais l’expédition tourne à la catastrophe. Le légat du pape, Pélage Salvani, veut d’abord conquérir l’Egypte afin de l’échanger contre la Palestine, mieux protégée par les troupes du sultan. Les musulmans rompent les digues du Nil en crue et les croisés se trouvent piégés sur une bande de terre à Mansourah, sans ressource, affamés, démunis et sans bateaux. Le légat du pape s’enfuit en laissant le soin à Jean de Brienne de négocier la reddition des hommes. Les croisés sont  autorisés à regagner Damiette, sous condition de libérer la ville et de quitter le pays. Dans ce contexte de déroute militaire, les croisés reprennent le chemin de l’Europe. Mais un grand nombre avaient péri de fatigue, de maladie ou des suites de blessures. Les archives précisent que les rangs étaient bien éclaircis, et la plupart des gens des Ribaupierre laissèrent leurs ossements sur les plages lointaines. Vers le printemps suivant, Egelolphe revint épuisé au château paternel, et y rendit bientôt son âme à Dieu (en 1222). La tradition raconte qu’Egelolphe aurait rapporté de la Terre Sainte, une piéta, mais il s’agit, vraisemblablement, d’une icône représentant la Vierge Marie. Souhaitant offrir un « écrin » à cette relique et un sanctuaire consacré à Marie, il fait construire, en 1221, une chapelle ainsi que le décrit Worm : Egelolphe II, avant de mourir, chercha un ermitage sur le revers de la montagne, afin d’avoir toute facilité d’y renouveler toutes les marques de sa dévotion. L’écartement du lieu devait ainsi prêter davantage au recueillement et à la prière. Or nul endroit plus propice à cet effet qu’une petite gorge où un filet d’eau, roulant son onde  goutte à goutte, jusqu’au Strengbach au fond de la vallée, est, par son incessant murmure, le parlant symbole de la prière. Egelolphe meurt en 1222, âgé de 45 ans avant de voir la fin des travaux de la chapelle où il est inhumé selon ses dernières volontés.

Bernard Schwach

Où il est question d’œufs de Pâques : au Moyen Age, dans maintes villes et dans la plupart des villages, il existe un Beichtpfennig, une taxe pour se confesser ! A Pâques, il est obligatoire de se confesser et communier. Pour prouver qu’on est un bon chrétien, le curé délivre, après la confession un Beichtzettel (billet de confession), moyennant une rétribution ! Si l’on veut se marier ou être enterré dans un cimetière il faut présenter ce Beichtzettel, prouvant que l’on est en règle avec les préceptes de l’Eglise. Geiler ayant blâmé cet usage lors de ses prêches à la cathédrale de Strasbourg, le Synode de Bâle de 1505, interdit cette pratique mais le texte précise que le confesseur peut accepter un don en nature.

Dès 1522, la coutume d’offrir, à Pâques, des œufs au confesseur est attestée dans la province ; coutume qui existe encore au XIXe siècle. Souvent les pénitents décoraient ces œufs pour s’attirer les bonnes grâces des religieux et se démarquer des simples quidams.

Au  cours du XXe siècle les mœurs ont changé, et les œufs sont offerts aux proches, mais en chocolat !

Le pèlerinage du Dusenbach lors du Pfifferdaj, depuis 1953 : les traditions anciennes imposent aux ménétriers d’effectuer un pèlerinage à Notre Dame de Dusenbach. Cette tradition multiséculaire s’est arrêtée au lendemain de la Révolution française.

En 1953, arrive au Dusenbach un évêque d’origine alsacienne, expulsé en 1952 de la Chine communiste, Mgr Vogel. Ce missionnaire a œuvré dans le diocèse de Swatow, dans le sud de la Chine, de 1931 à 1952. Ce prélat, alors âgé de 75 ans, se retire à Dusenbach et s’intéresse à l’histoire locale et à celle des ménétriers. Il souhaite renouer avec la tradition et propose de célébrer une messe le dimanche matin du Pfifferdaj. Il invite donc toutes les sociétés de musique et de chant choral du secteur à se rendre au Dusenbach, pour y bénir les instruments de musique. L’engouement est tel que plus de 1500 fidèles montent en procession jusqu’au sanctuaire. La messe, concélébrée par Mgr Vogel et le Père Célestin Hatsch, a été empreinte d’une magnificence qu’elle n’a pas connue depuis bien longtemps.

L’année suivante, en 1954, c’est grâce à l’initiative de Guy Engelberger, président du groupement de Colmar-Ribeauvillé de la Fédération Catholique des Sociétés de Chants et de Musiques d’Alsace, que  cette manifestation a été instituée de façon pérenne. Mgr Weber, évêque de Strasbourg, soutient cette noble initiative et vient célébrer cette seconde messe qui est alors détachée de la fête principale et décalée au deuxième dimanche du mois de septembre.

Depuis cette date, le pèlerinage à Notre Dame du Dusenbach met un point final aux festivités de la fête des ménétriers.

Le cortège composé d’élus en costume traditionnel, de différentes harmonies, des membres de la confrérie Maria Raydt portant la statue de la Vierge, ainsi que de nombreux fidèles costumés, part de la place de la Sinne pour se rendre à pied jusqu’à Dusenbach. A leur arrivée, les Pères du sanctuaire les accueillent sur le parvis avant de les inviter à suivre une grand-messe accompagnée par les chants d’une ou plusieurs chorales et par la musique de diverses harmonies.

En 1957, la grand- messe est célébrée par Mgr Charles Brand qui est attaché au Pfifferdaj, car sa maman, originaire de Ribeauvillé, participait déjà à cette fête. Il a d’ailleurs fait une partie de son sermon en alsacien, sur le thème de la fraternité des ménétriers.

Le Geleit (Droit de Conduite) désigne la protection offerte à un voyageur et à ses biens. Cette protection des voyageurs et le  sauf-conduit  constituent des droits régaliens (ce qui est du ressort de l'exercice de la puissance gouvernante, ici le seigneur). Toute atteinte à la sécurité est donc considérée comme une rupture du devoir régalien et appelle réparation, non seulement de la part du malfaiteur, mais encore du seigneur défaillant.

L’empereur exerce, en théorie, ce Geleit sur les routes impériales publiques (offene Reichstrasse) pour assurer la sécurité du commerce. Mais, en pratique, sur le terrain, cela nécessite une délégation de droits et une force militaire effective. Dès 1231, l’empereur accorde, aux grands seigneurs territoriaux, l’exercice du droit de conduite (ou conduit) dans leurs territoires, alors appelé Geleite. La protection - qui consiste en la mise en place d’une escorte allant d’un cavalier à toute une compagnie armée - est accordée contre paiement d’un droit, Zollgeleite ; en contrepartie, le voyageur reçoit un document attestant du paiement et de l’effectivité du conduit. Ledit document lui servait ensuite de garantie en cas d’attaque contre sa personne ou ses biens.

Etaient concernés par cette protection : en premier lieu, les commerçants qui se rendaient  aux foires. Les marchands pouvaient alors se voir contraints de voyager en convois sous escorte armée sur une route sécurisée (Zwangsgeleite) ; sont également concernés les personnages de haut rang (évêques, seigneurs, diplomates, juges...) ainsi que les pèlerins, qui, eux, bénéficient d’une gratuité de protection.

Ce droit est abrogé en France par la Révolution, mais ce n’est qu’en 1830 qu’il disparait dans l’Empire Germanique.

 

              

~Petites nouvelles de la recherche du 1er trimestre 2021~

Ce numéro des Petites Nouvelles de la Recherche est entièrement consacré à l'hommage que le Cercle tient à rendre à Jean-Louis Kleindienst. 

Au revoir Monsieur Kleindienst !

                      

 

Jean-Louis Kleindienst nous a quittés le 20 décembre 2020.

Il sera irremplaçable ; dans nos cœurs bien sûr, mais aussi dans celui de tous les généalogistes d’Alsace et d’ailleurs.

           

 

Jean-Louis Kleindienst nait le 1er janvier 1933 à Colmar, fils unique d’une famille originaire de Heiteren : son père, Louis Kleindienst et sa mère Léonie Anne Vonau. De son mariage avec Raymonde Gauer, d’un an son aînée (1932/2018 - institutrice puis directrice d’école à Algolsheim, Logelbach et Bennwihr) il aura deux filles et quatre petits-enfants. 

 
De la maternelle à l’école normale, il suit sa scolarité à Colmar (école maternelle, école Jean-Jacques Rousseau à Colmar, Herbert Norkus Schule, Mittelschule, Ecole Lamartine, Ecole Victor Hugo, Ecole Normale d’Instituteurs à Colmar). Hormis ses deux ans de service militaire (Epinal puis Cahors, 1956/1958), il fait toute sa carrière d’enseignant, de 1954 à 1989, en Alsace : instituteur à Eguisheim (1954/1955) et Colmar (école du Musée – 1958/1959), puis directeur d'école primaire de garçons à Bennwihr (1959/1968), maître de classe de transition puis professeur au collège « les Ménétriers »  à Ribeauvillé (1968/1989).

                               

Il laisse une marque profonde à celles et ceux qui ont eu la chance de l’avoir comme enseignant : qui ne se souvient pas de ses premières recherches généalogiques sous sa houlette ? Qui ne se souvient pas de son premier cours de l’année passé à déambuler dans les rues de Ribeauvillé à la recherche d’emblèmes d’artisans et de « décodage » des millésimes inscrits sur les linteaux de porches ?

Jean-Louis Kleindienst consacre ses loisirs à une œuvre unique - on a envie de parler de « Grand Œuvre » - à l’histoire des familles et des maisons de Ribeauvillé et de Bergheim. A coup sûr, il leur a offert l’immortalité et a créé un patrimoine inestimable au travers de ses recherches et de ses publications.

Mais laissons-lui la parole pour décrire son Œuvre (ce terme mérite, à n’en pas douter, une majuscule).

« En 1956, j’ai entrepris la transcription sur fiches familiales[1] des registres paroissiaux de l’Ancien Régime et de l’état-civil de Heiteren, la commune natale de mes parents. En 1971, avec ma nomination d’archiviste municipal bénévole de Ribeauvillé, j’ai effectué cette transcription des registres de Ribeauvillé, suivie successivement de ceux de Hunawihr, Zellenberg, Beblenheim,

                 

                         

                  

Bergheim, Riquewihr, Bennwihr et Ostheim, ainsi que des registres paroissiaux de Mittelwihr, les plus anciens du Haut-Rhin. J’y ai ajouté de nombreux actes de notariat, parmi lesquels 14 mètres linéaires d’inventaires d’un énorme tas de documents prélevés par les Archives départementales au grenier de Ribeauvillé et déclarés au XIXe siècle par le chartiste ribeauvillois Bernard Bernhard comme n’ayant pas de valeur historique.

En 1984, la Confrérie des Rois Mages a fait diffuser trois brochures généalogiques dactylographiées par Mme Huguette Bentz. Ce sont les familles Schwach, Kientzler et Halter. En 1989, mon départ en retraite du collège « les Ménétriers », l’accès à l’informatique et la création de l’Association des Amis du Vieux Zellenberg m’ont permis d’entreprendre l’édition et la diffusion de telles brochures dont la vente a  permis l’établissement du circuit historique de Zellenberg et le lancement de l’animation du   « S’Wielâda »[2].

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[1] Ses « fameuses » petites fiches, dont tout l’espace est utilisé et rempli de notes (écrites au crayon papier à la mine dure ! d’une petite écriture serrée) « glanées » au fil de ses lectures et décryptages d’archives.

[2] Fête populaire de Zellenberg dite du « S'Wielâda » (chargement du vin à l'ancienne) revient à l’artiste peintre local Antoine Fuchs. L'association des « Amis du vieux Zellenberg », sous la houlette de Jean-Louis Kleindienst en fixe rapidement le cadre. Après avoir compulsé les archives départementales de Colmar, l’historien imagine les différents dialogues entre l'acheteur, le gourmet (intermédiaire) et le viticulteur du cru à l'occasion des transactions viticoles, de l'accueil du marchand de vin par le garde champêtre jusqu'au chargement final du précieux breuvage en passant par la phase plus administrative de la conclusion du contrat de vente. Si le contexte historique, se situant autour de 1919 est exact, les jeux de scène, les mimiques accompagnant les dialogues appartiennent à la fantaisie des acteurs et à leur inspiration du moment.

En 1995, des circonstances indépendantes de ma volonté m’ont amené à poursuivre ce travail de publication au profit du Cercle de Recherche Historique de Ribeauvillé et Environs. Ainsi 118 ont été diffusées de 1989 à 2003. (…)

Une incompatibilité avec la modernisation de l’informatique, avec un surcroît de travail dû à la préparation des séances mensuelles de généalogie et avec les recherches et l’établissement de l’histoire des maisons, en particulier de celles de Ribeauvillé à partir des actes des protocoles de contrats de Ribeauvillé depuis 1518, il ne m’est plus donné d’éditer et de réimprimer les brochures comme par le passé.

           

           

 

Le Cercle de Recherches historique de Ribeauvillé et Environs a ainsi proposé et accepté ce travail en cette année 2007, avec les compléments et des illustrations, ce qui répond au but de ce cercle.                                                                                       

En parallèle, Jean Louis Kleindienst a une vie sociale et associative particulièrement active : vice-président de l'Association des Amis  des Archives du Haut-Rhin (de 1971 à 1996) et du Cercle Généalogique d'Alsace (de 1980 à 1998), conseiller municipal (de 1983 à 1989) puis  3e adjoint au maire de Zellenberg (de 1989 à 1995), président de l'Association des Amis du Vieux Zellenberg (1989), de la Fédération Généalogique de Haute-Alsace (de 1996 à 2002) et de de l'Association des Amis des Archives du Haut-Rhin. Il siège également pendant de nombreuses années au conseil d’administration du Cercle de Recherche Historique de Ribeauvillé et Environs.

                       

 

 

Il reçoit la médaille de bronze du tourisme en 1995, la médaille de la ville de Ribeauvillé en 2009 et les Palmes Académiques en 2009.

 

Le Cercle de Recherche Historique de Ribeauvillé et Environs tient pour un honneur que Jean-Louis Kleindienst lui ait fait confiance en le chargeant de gérer et de diffuser largement ses études relatives à 1274 familles et de la quasi-totalité des propriétés bâties (plus de 500) de Ribeauvillé et de Bergheim. Jean-Louis Kleindienst fait partie du Cercle pendant de nombreuses années et contribue largement à la recherche historique sur notre région. Fier d’avoir compté cet éminent historien parmi ses membres, le Cercle  se considère comme son héritier spirituel et fera tout pour « protéger » et faire vivre ses travaux en les mettant à la disposition de tous.

Il est aussi un grand historien ayant toujours à cœur de faire partager ses connaissances à tous : auprès de ses élèves en leur faisant « vivre » l’histoire locale sur le terrain, leur laissant ainsi un souvenir impérissable ; auprès de nous tous au travers des nombreux articles de presse consacrés au patrimoine local, à l’histoire locale, à l’histoire des familles et des propriétés bâties. Il n’est pas possible d’être exhaustif, tant sa production est abondante, citons quelques thèmes :

  • les femmes de Ribeauvillé (la première directrice des postes, les sages-femmes, les femmes nobles, Augusta Beysser-Bartholdi (la mère du sculpteur de la Statue de la Liberté), la Vierge des Verreries, la Vierge de Dusenbach, une sorcière, Caroline Umbdenstock qui a donné son nom à la source Carola, …);
  • sujets historiques (Histoire de Ribeauvillé, dynastie des Ribeaupierre et des Deux-Ponts, les Ménétriers, biographie du Général Rapp, les statues de Brosch du parc du château…).

Ayant toujours l’objectif de mettre l’histoire à la portée de tous, Jean-Louis Kleindienst organise plusieurs expositions consacrées, notamment, aux tanneurs de la rue des tanneurs de Ribeauvillé, aux moulins de la ville, aux grands centenaires de Ribeauvillé (en 1973) et, surtout, la généalogie des Ribeaupierre, concrétisée par un arbre de 24 mètres de long !

N’oublions pas non plus les formations en généalogie et en paléographie qu’il assure pendant de nombreuses années à des élèves passionnés qui sauront poursuivre son œuvre de « décryptage » des textes anciens. Voici le témoignage vivant d’un de ses fidèles disciples : « De 1998 à 2008, j’ai suivi son initiation à la paléographie à Ribeauvillé. En début de séance, il distribuait aux habitués une « carotte », comme il aimait à le dire.

La carotte en question était une feuille sur laquelle il avait extrait de son ordinateur une partie de notre ascendance. Et il prenait beaucoup de plaisir à distribuer à chacun sa carotte.
C’était le rituel de Jean-Louis Kleindienst.
Ce n’était qu’une fois par mois, mais je ne voulais rater sa carotte pour rien au monde.
Il était d’une grande générosité avec chacun d’entre nous.
Il m’arrivait d’aller le voir aussi chez lui avec la copie d’un vieux document qui me créait des soucis de décryptage ou de compréhension. Occupé comme il l’était, jamais il a refusé de m’apporter son aide. Je repartais de chez lui, heureux, en me disant : j’ai beaucoup appris, mais j’ai encore beaucoup à apprendre. Il était toujours disponible. Et bienveillant ».

C’est donc un tabellion acharné et passionné qui nous quitte. Mais c’est aussi un grand humaniste, un ami, un homme à l’écoute des autres, prêt à rendre service en consacrant une partie de son précieux temps pour aider les personnes à la recherche de leurs origines. Sans ses travaux, la recherche historique et généalogique dans notre région n’aurait pas l’aura qu’elle a auprès des archivistes et généalogistes de tout bord.

Merci, Monsieur Kleindienst de ce que vous nous avez apporté et que vous nous apporterez encore pendant de longues décennies.    

                                                                                                                                                                           

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